
Du noir. Rien que du noir. Vous savez ces moments où rien n’a plus de sens, où la douleur est omniprésente, où l’espoir d’un nouveau jour se noie dans le… noir.
Dans le monde, plus de 800 000
personnes par an meurent en s’enlevant
la vie et le nombre de tentatives est beaucoup plus élevé.
Chaque année, des millions de personnes
sont donc confrontées à des pertes cruelles dues à des
suicides.
Heureusement, j’ai la
chance de faire partie des survivantes... deux fois plutôt qu’une.
« Jour après jour, j'ai cette idée coincée en tête. Cette idée qui me fait remettre beaucoup de choses en question :
mes amis, ma famille, mon passé, mon
futur. Cette idée qui pourrait m'aider à m'échapper
de tous mes problèmes, de tout ce que je
pourrais devenir et de tout ce que je ne deviendrai jamais. Cette idée que d'autres personnes envisagent
et que d'autres n'envisageront jamais. Cette idée... de
m'enlever la vie. »
Ces mots
qui auraient pu être les miens, ils sont tirés d'une chanson de Lenni-Kim (14 ans) Pourquoi tout perdre.
Un après-midi
d’automne, à l’âge de
15 ans, en état de choc après des années d’abus
sexuels, d’intimidation et de rejet, j’ai tenté de m’enlever la vie. Cette vie qui était la mienne, qui m’avait fait tant souffrir, mais qui
semblait si belle pour tant d’autres,
je n’en voulais tout simplement
plus. Heureusement, ce geste qui se voulait fatal n’aura pas eu les répercussions
que j’escomptais.
« À ce moment précis, j’ai su qu’il y aurait toujours plus fort que la douleur et le désir de partir. »
Il m’aura
fallu des semaines pour reprendre physiquement le dessus ainsi que des années pour guérir mon cœur
blessé. Des années aussi afin de m’apercevoir à quel point la vie est belle, qu’elle mérite
toujours qu’on lui donne une chance et qu’elle nous réserve parfois de magnifiques surprises.
L’une d’entre elles, la vie me l’a faite quelques années plus tard, alors que je donnais
naissance à mon premier enfant : une magnifique petite fille. À ce moment précis, j’ai su
qu’il y aurait toujours plus fort que la
douleur et le désir de partir. Je voulais être là pour
elle. Je voulais la voir grandir, la voir s’épanouir,
mais par-dessus tout je voulais la protéger et
m’assurer que jamais elle n’aurait à vivre
ce que moi j’avais vécu. Mais pour ça, il fallait que je reste en vie.
Ma vie n’a pas été nécessairement parfaite par la suite.
Elle n’a pas été sans
peines ou sans épreuves. J’ai tout simplement appris à prendre du recul et à faire de ces dernières des forces. Comme on dit dans le
bouddhisme, j’ai appris à transformer le poison en élixir.
Ces derniers mois ont été particulièrement difficiles et j’avoue
avoir flirté à nouveau avec le suicide.
Comme la majorité d’entre vous qui me lisez en ce moment,
j’ai reçu il y
a quelques années, des diagnostics d’autisme pour mes deux derniers
enfants. Ces enfants, ils n'en sont pas moins merveilleux que leur grande sœur. Je ne les aime pas moins à cause de leur différence. Au contraire, je les en aime
que davantage et je sens que je dois me battre encore plus afin de m'assurer
qu'ils aient le meilleur avenir possible.
Et c’est là que le bât blesse.
En tant que parent d’un
enfant différent, la tâche pour leur assurer cet avenir est
colossale. En plus d’être un
parent avec tout ce que ça
comporte, nous devons souvent tenir le rôle d’une multitude de professionnels. Nous
devons nous faire à la fois orthophoniste,
ergothérapeute, orthopédagogue, etc. Comme si ce n’était pas assez, il faut en plus se
battre continuellement. On se bat pour les diagnostics, ensuite pour les
services, et ensuite encore avec les écoles
et les commissions scolaires. Et ici, je passe par-dessus le fait de devoir
composer avec les jugements de l’entourage,
de la famille, des gens croisés au
fil des jours qu’on ne connait pas, mais dont
le regard en dit long.
Encore une fois, il y a quelques mois, j’ai frappé un mur et l’espace
d’un moment j’ai pensé en
finir.
« Un soir de printemps, alors que je m’apprêtais à poser un geste fatal [...] quelque chose de plus fort que tout m’a sauvé… l’amour que mes enfants me portent et l’amour que j’ai pour eux. »
Vous savez cette sensation qui vous donne l’impression de vous effondrer de l’intérieur,
ces derniers mois elle était
devenue mon quotidien. J’étais
tout simplement épuisée.
Épuisée d’avoir
trop souvent en silence pleuré,
enfermée à double tour dans la salle de bain question de m’assurer que mes enfants ne soient pas
témoins du perpétuel cauchemar que je vivais. Épuisée par
les mauvaises nuits. Épuisée par mes journées. Épuisée par mes combats.
Épuisée aussi par l’impression
d’être seule. L'impression que le peu de personnes à qui j'arrivais à verbaliser mon mal ne me croyaient
pas ou n’en avait tout simplement rien
à faire. Parce que de l’aide, on a parfois beau la demander,
lorsque la «banque» est épuisée… c’est terminé.
Un soir de printemps, prise dans ce flou perdu quelque part
entre deux mondes, alors qu’enfermée dans ma salle de bain, un couteau
de cuisine en main pendant que mon bain se remplissait et que je m’apprêtais à poser un geste fatal, quelque chose
de plus fort que tout m’a sauvé… l’amour que mes enfants me portent et l’amour que j’ai pour eux.
L’espace
d’un instant, celui qui m’a sauvé, j'ai
par miracle eu assez de lucidité pour
penser à ce que mes enfants
deviendraient si je n’étais
pas là pour eux. Qui serait là pour les consoler et les border la
nuit? Qui serait là pour apaiser ma fille lorsqu’elle doit affronter un effondrement
autistique? Qui serait là pour
rassurer mon fils, angoissé par un
rien parce que le monde qui l’entoure
va trop vite? Qui serait là pour
les comprendre? Qui se battrait pour eux afin qu’ils
puissent accéder un jour à la vie à laquelle ils ont droit? Mais surtout, comment
arriveront-ils à comprendre ce geste et à vivre avec les conséquences de cette décision que je m’apprêtais à prendre?
« Un matin, j’ai eu la chance de me réveiller et d’être capable de prendre une bouffée d’air un peu plus profonde qu’à l’habitude. Doucement, j’ai recommencé à voir le bon et le beau autour de moi. »
Si je vous raconte tout ça
aujourd'hui, c'est qu'encore une fois, je m’en suis
sortie. Un matin, j’ai eu la chance de me réveiller et d’être capable de prendre une bouffée d’air un
peu plus profonde qu’à l’habitude. Doucement, j’ai recommencé à voir
le bon et le beau autour de moi.
J’espère également
que mes écrits sauront toucher votre cœur et qu’ils seront pour vous un message d’espoir. Celui qui vous portera à croire que vous pouvez vous en sortir et que la vie vaut
toujours la peine d’être vécue. Parce que si les situations
difficiles sont temporaires et
peuvent toujours être résolues, le suicide lui est un acte permanent et irréversible.


Si vous pensez au suicide...
Si vous avez des idées suicidaires, c'est que votre souffrance commence à prendre trop de place. C'est un signal d'alarme. Vous devez le prendre au sérieux.
Le suicide vous apparaît actuellement comme la seule façon de diminuer votre souffrance... Parlez-en, c'est le premier pas pour s'en sortir.
Il existe des personnes prêtes à vous écouter et vous aider. En parlant avec eux, il est possible de trouver des solutions, de percevoir différemment votre situation.
Appelez le 1-866-APPELLE (1-866-277-3553) au Québec, le 01 45 39 40 00 en France et le 0800 32 123 en Belgique. Des gens sont là pour vous aider et vous soutenir. Ne restez pas seul. Vous n'êtes pas seul à combattre. Il y a toujours de l'espoir.
Quelques liens...
Le vidéoclip
de la chanson Pourquoi tout perdre réalisé par Antoine Olivier Pilon (Mommy).
Vous pouvez également lire cette article sur le site spectredelautisme.com où il a été publié en primeur le 10 septembre 2016.