
Si je suis une femme de coeur, je suis aussi une femme de tête. Personnellement, c'est en faisant face et en « acceptant » que certaines horreurs ont fait partie de ma vie que j'ai pu protéger mes enfants jusqu'à maintenant.
Comme il m'est arrivé de le
mentionner, sans toutefois ne jamais entrer dans les détails, je suis l'une de ces victimes d'abus sexuels et
malheureusement plus d'une fois, par plus d'une personne.
J'étais
une enfant naïve et peu informée. Je dirais même peu soutenue et peut-être mal
encadrée. J'ai appris en partie la
sexualité via les gestes déplacés
d'adultes en qui j'avais confiance. Mes agresseurs faisaient partie de la
famille comme c'est trop souvent le cas pour trop de filles.
Je devais avoir autour de six ou sept ans lorsqu'on a fait
de moi une victime pour la deuxième fois
et aucune action n'a été prise contre mon agresseur outre le
fait que cette personne n'a plus eu le droit de me garder. Dans les faits, ses
gestes furent banalisés par
ma famille. Mes parents se sont voilé la face
sur des événements graves et inacceptables. J'ai même dû, malgré les événements, continuer de côtoyer mon agresseur une bonne partie
de ma vie.
Quelques années plus
tard, j'ai été agressée à nouveau par une personne en qui
j'avais une confiance aveugle, mais cette fois à répétition.
UN TRAVAIL DE CONSCIENTISATION DOIT ÊTRE FAIT PAR TOUS
Très
jeunes, ma fille et mon fils aînés ont été conscientisés au fait que toute personne, femme ou homme, peut être un agresseur potentiel. Je leur
ai expliqué les choses de façon justes et vraies, en tenant compte
de l'âge et la compréhension qu'ils pouvaient avoir d'une
situation complexe, le jour où j'ai
senti qu'il était important de le faire
pour les protéger.
« Vous trouvez que je pousse? Pourtant non, puisque les statistiques démontrent que 84 % des victimes d'abus connaissent leur agresseur. »
Quant à mon
fils aîné, à
travers les années, je me suis fait un devoir
de pousser légèrement plus loin sa réflexion.
Maintenant âgé de 17 ans, j'espère
l'avoir assez informé pour qu'il
se souvienne à chaque instant de sa vie
future que tout geste de violence est inacceptable, et davantage celui posé envers une femme ou un enfant.
Vous trouvez que je pousse? Pourtant non, puisque les
statistiques démontrent que 84 % des victimes d'abus
connaissent leur agresseur.
La sexualité en général est
un sujet qui n'est pas facile à
aborder avec nos enfants :
filles ou garçons. Qui plus est, lorsqu'on
doit parler d'abus sexuels. Mais c'est notre devoir de parent de le faire. De
leur apprendre la différence
entre ce qui est acceptable et ce qui ne l'est pas permet en partie de les protéger lorsque nous ne sommes pas auprès d'eux, mais aussi de protéger les autres lorsqu'ils
grandissent.
Malheureusement, en raison de leur condition autistique, je
dois faire les choses un peu différemment
avec mes deux plus jeunes, ce qui n'est pas sans me laisser quelques inquiétudes.
LES PROPOS DE DENISE BOMBARDIER
Certaines personnes se sont offusquées des écrits
de Denise Bombardier dans son article Les femmes et le viol. Pourtant, moi qui ai subi les
assauts répétés de
mes agresseurs de l'enfance jusqu'à presque
l'âge adulte, je trouve que son discours
sonne plutôt juste.
Tant que des hommes se penseront au-dessus des femmes, tant
des hommes penseront que les femmes leur appartiennent et qu'ils peuvent en
faire ce qu'ils veulent, tant que des hommes considéreront les femmes comme des objets sexuels, tant que la
société considérera
que la pédophilie est un mal que l'on
peut guérir, les jeunes filles et les
femmes resteront des victimes potentielles et ne seront pas en sécurité.
C'est triste à
admettre en 2016, mais la femme n'est malheureusement toujours pas l'égale de l'homme et bien que les
mentalités changent peu à peu, ça
risque de prendre beaucoup de temps avant que ce soit le cas. La course à la présidence
américaine qui se déroule présentement est d'ailleurs un exemple flagrant que nous
sommes encore bien loin de l'égalité homme femme dans notre société que
l'on dit civilisée.
Pour leur bien, nous devons apprendre à nos enfants, qui plus est à nos filles à se protéger : nous devons NOUS protéger, et
ce, tant que les mentalités ne
changeront pas.
Madame Bombardier mentionne que « seule la répression
sociale à l'endroit des hommes
violeurs ou agresseurs, doublée d'une
pédagogie dès l'enfance des petites filles, atténuera ce fléau.» Elle n'inclut pas tous les hommes.
Elle ne dit pas que tout revient à la
femme. Elle dit que nous devons tout mettre en oeuvre pour changer cette
culture du viol et que tant que cette dernière ne
sera pas changée, et qu'elle fera partie de
notre monde, de nos vies, la femme devra elle aussi apprendre et continuer à se protéger. Elle devra arrêter de
se croire à tort en sécurité
partout, parce que ce sentiment de sécurité n'est qu'une illusion.
SE PROTÉGER DANS UN MONDE OÙ LA PORNOGRAPHIE EST DEVENUE LA NORME
Nous vivons dans un monde où le
viol et la violence existent et cohabitent. Un monde où la déviance
sexuelle est présente sous toutes ses formes.
Un monde où les sites internet
pornographiques sont facilement accessibles pour nos enfants. Un monde qui
entretient cette culture de la sexualité quasi
bestiale, où l'on dépeint que la femme accepte et aime se
faire prendre dans toutes les positions, par tous les orifices propices. Désolée si
mes propos choquent, mais c'est la vérité.
La pornographie semble, aux yeux de certains, être devenue la norme. Les cours de
sexualités ayant disparu de nos écoles, trop de jeunes de formes
sexuellement sur ces réseaux.
« Nous devons apprendre à nos enfants que toute personne, homme ou femme, a ce droit d'être entendue, crue et protégée en cas de viol et de gestes déplacés. »
Il faut apprendre à nos
fils que cette sexualité n'est
justement pas la norme. Que si pour eux, une relation sexuelle prend souvent
naissance par une pulsion qui se laissera voir au-delà de leur caleçon,
pour la femme, c'est quelque chose de beaucoup plus complexe qui se joue le
plus souvent au niveau émotif.
Il faut leur apprendre que «non» voudra toujours dire «non». Qu'un
silence ne sera jamais un «oui». Qu'une femme peut figer lorsqu'on
pose des gestes déplacés sur elle, mais que ça ne
veut pas dire qu'elle est consentante.
Que toute personne, homme ou femme, a ce droit d'être entendue, crue et protégée en
cas de viol et de gestes déplacés. Peu importe son âge. Peu importe son statut social.
Peu importe ce qu'elle portait ou ce qu'elle a bu. Peu importe son travail et
ici j'inclus les travailleurs et travailleuses du sexe «qui ont le droit d'annuler la transaction» contrairement à certains commentaires choquants que
j'ai lus sur les médias sociaux.
Mais tant et aussi longtemps qu'un homme croira que le corps
de la femme lui appartient, qu'il peut en disposer à sa guise, qu'il a le droit d'abuser et de violer, nous
devrons aussi faire en sorte d'éduquer
les jeunes filles et les femmes afin qu'elles se protègent également.
Nous devons leur enseigner à se
respecter elles-mêmes, à se respecter entre elles et à dénoncer
ces gestes répréhensibles dont elles sont trop souvent victimes. Plus nous
éduquerons, plus nous les inviterons à dénoncer
elles aussi les propos sexistes, misogynes où les
gestes dont on rit ou que l'on minimise par malaise, pour suivre la masse ou
par pression de la société, plus nous aurons un jour l'espoir
de voir cette culture du viol prendre fin.
Cette culture du viol, c'est l'affaire de tous!


Vous pouvez également lire cet article sur le site du Huffington Post où il a été publié en primeur le 26 octobre 2016.