VÉRITÉ ET MENSONGES CHEZ LA PERSONNE AUTISTE

mercredi 9 novembre 2016

Mensonge, vérité, autiste, Asperger, Empathie, Émotions, Autisme de l'intérieur


Pour la grande majorité d’entre nous, personnes vivant avec un trouble du spectre de l’autisme (TSA), notre condition vient avec la particularité de dire la vérité toute crue, sans détour.

Cette vérité est basée généralement sur des faits et non sur l’émotion. Elle est aussi basée sur notre sens aigu de la justice. Ça nous cause souvent bien des problèmes au quotidien.

Notre regard logique et moins émotif, combiné à la franchise de nos propos, devrait être perçue comme une belle qualité. Malheureusement, elle semble trop souvent mal perçue par une majorité de personnes que nous côtoyons dans nos vies.

UNE PERCEPTION ERRONÉE DE LA PERSONNE AUTISME


On nous dit souvent insensibles, à tort. Nous avons des émotions. Simplement, nous les vivons différemment. Chez certains d’entre nous, elles peuvent sembler moins intenses à première vue.

Chez d’autres, elles sont beaucoup plus intenses et moins bien contrôlées. Chez d’autres encore, ces émotions seront vécues à retardement et seront envahissantes.

Prétendre que nous ne sommes des êtres de pure logique serait faux. Nous ressentons et vivons nos émotions différemment de vous, ceux qu’on nomme les « neurotypiques ». Car nous sommes tout de même des êtres d’émotions.

On nous croit encore trop souvent incapables d’empathie, de nous mettre dans la peau d’autrui. Cette perception est fausse. Pour certains d’entre nous, ce que nous éprouvons est tellement intense que notre émotion prend le dessus et nous rend incapables d’avoir une réaction jugée « adéquate ».

Pour d’autres, la seule façon de démontrer qu’ils comprennent ce que l’autre vit est de faire un parallèle avec son propre vécu, ce qui passera pour de l’égocentrisme.


LOGIQUES ET ÉMOTIFS


On nous accuse aussi parfois d’être incapables d’introspection et de nous remettre en question. Plusieurs personnes autistes Asperger ou de haut niveau que je connais ont pourtant passé leur vie à se remettre en question. Simplement, pour plusieurs d’entre nous, il nous faudra comprendre pourquoi cette remise en question serait bénéfique. Pour nous convaincre du bien-fondé de celle-ci, il vous faudra souvent user d’arguments logiques que nous pourrons analyser sous tous les angles.

Cependant, il vous faudra porter attention de ne pas mélanger votre perception d’une situation et ce qu’elle est réellement pour nous. Trop de gens pensent à tort savoir ce qui se passe dans notre tête et ce que nous ressentons. Ils essaient de nous imposer leur perception, ce qui devient frustrant.

Bref ! Nous sommes des êtres de logique et d’émotions. Nous sommes capables d’empathie et d’introspection. Nous sommes autistes, mais nous sommes humains avant tout.


L'ÉTRANGE OBLIGATION D'APPRENDRE À MENTIR


Malheureusement, comme beaucoup de personnes autistes, j’ai souvent l’impression d’être dans l’erreur. L’impression constante de devoir mettre des gants blancs. De devoir peser le pour et le contre, sans rien oublier, avant d’avoir le droit de donner mon opinion ou de prendre la parole.

Honnêtement, j’ai beaucoup de mal à comprendre ce que les gens en général veulent et espèrent d’une relation.

Pour moi, la vérité, les faits et la justice priment, ce qui m’a coûté de nombreuses amitiés. Je ne défendrai jamais un ami au nom de l’amitié si celui-ci est dans l’erreur. Surtout si c’est au détriment d’une autre personne. Pas plus que je ne dirai à une personne le contraire de ma pensée ou de mon ressenti, parce que c’est ce qu’elle veut entendre.

Je suis mère de quatre enfants. Ma plus vieille aura bientôt vingt-quatre ans. Je sais que ce n’a pas été facile pour elle de devoir composer avec mon franc-parler. Elle aurait aimé à certaines occasions que je lui dise le contraire de ma pensée. Je sais qu’elle aurait voulu par moments que je la conforte dans ses choix pour la rassurer. Combien de fois ai-je dû accueillir sa colère et ses larmes parce qu’elle m’accusait de ne pas la comprendre. Combien de fois ai-je dû lui expliquer que pour moi, lui mentir volontairement n’aurait pas été une preuve de respect et de mon amour envers elle?

À un certain moment, elle est allée vers d’autres personnes qui la confortaient dans ses choix. Jusqu’au jour où elle s’est aperçue que le mensonge n’amenait rien de bon et qu’il brisait les liens de confiance parfois si durement acquis.


QUELLE PLACE POUR LES MENSONGES


Même à l’âge adulte, même avec mes nombreuses lectures je ne comprends toujours pas que le mensonge doive impérativement faire partie de la vie. Que le fait d’être capable de mentir fasse partie de ce que l’on considère comme le développement normal de l’enfant et qu’il révèle la présence de certaines habiletés cognitives avancées, telle que la « théorie de l’esprit ».

D’y penser me décourage, mais surtout me brise le cœur. Il me semble que cette capacité de dire les choses de façon juste, comme elles sont, sans détour devrait être la norme. On nous dit que notre incapacité à mentir serait due à un déficit. Personnellement, je crois plutôt que c’est une grande qualité et une preuve de grande intelligence.

À tous, je pose la question suivante. Préférez-vous qu’on vous serve un mensonge pieux à l’occasion, mais qui risque de briser un lien de confiance? Ou préférez-vous la vérité toute crue, dite sans détour qui peut blesser l’espace d’un moment, mais qui créera une relation basée sur la confiance?



Vous pouvez également lire cet article sur Planète F Magazine où il a été publié en primeur le 9 novembre 2016.