
Pour la grande majorité d’entre nous, personnes vivant avec un trouble du spectre de l’autisme (TSA), notre condition vient avec la particularité de dire la vérité toute crue, sans détour.
Cette vérité est basée généralement sur des faits et non sur l’émotion. Elle est aussi basée sur notre sens aigu de la justice. Ça nous cause souvent bien des problèmes au quotidien.
Notre regard logique et moins émotif,
combiné à la franchise de nos propos, devrait être perçue
comme une belle qualité.
Malheureusement, elle semble trop souvent mal perçue par
une majorité de personnes que nous côtoyons dans nos vies.
UNE PERCEPTION ERRONÉE DE LA PERSONNE AUTISME
On nous dit souvent insensibles, à tort. Nous avons des émotions.
Simplement, nous les vivons différemment.
Chez certains d’entre nous, elles peuvent
sembler moins intenses à première vue.
Chez d’autres,
elles sont beaucoup plus intenses et moins bien contrôlées.
Chez d’autres encore, ces émotions seront vécues à
retardement et seront envahissantes.
Prétendre
que nous ne sommes des êtres de
pure logique serait faux. Nous ressentons et vivons nos émotions différemment
de vous, ceux qu’on nomme les « neurotypiques ». Car nous sommes tout de même des êtres d’émotions.
On nous croit encore trop souvent incapables d’empathie, de nous mettre dans la peau
d’autrui. Cette perception est fausse.
Pour certains d’entre nous, ce que nous éprouvons est tellement intense que
notre émotion prend le dessus et
nous rend incapables d’avoir
une réaction jugée « adéquate ».
Pour d’autres,
la seule façon de démontrer qu’ils comprennent ce que l’autre
vit est de faire un parallèle avec
son propre vécu, ce qui passera pour de l’égocentrisme.
LOGIQUES ET ÉMOTIFS
On nous accuse aussi parfois d’être
incapables d’introspection et de nous
remettre en question. Plusieurs personnes autistes Asperger ou de haut niveau
que je connais ont pourtant passé leur
vie à se remettre en question.
Simplement, pour plusieurs d’entre
nous, il nous faudra comprendre pourquoi cette remise en question serait bénéfique.
Pour nous convaincre du bien-fondé de
celle-ci, il vous faudra souvent user d’arguments
logiques que nous pourrons analyser sous tous les angles.
Cependant, il vous faudra porter attention de ne pas mélanger votre perception d’une situation et ce qu’elle est réellement pour nous. Trop de gens pensent à tort savoir ce qui se passe dans
notre tête et ce que nous ressentons.
Ils essaient de nous imposer leur perception, ce qui devient frustrant.
Bref ! Nous sommes des êtres de
logique et d’émotions. Nous sommes
capables d’empathie et d’introspection. Nous sommes autistes,
mais nous sommes humains avant tout.
L'ÉTRANGE OBLIGATION D'APPRENDRE À MENTIR
Malheureusement, comme beaucoup de personnes autistes, j’ai souvent l’impression d’être
dans l’erreur. L’impression constante de devoir mettre
des gants blancs. De devoir peser le pour et le contre, sans rien oublier,
avant d’avoir le droit de donner mon
opinion ou de prendre la parole.
Honnêtement,
j’ai beaucoup de mal à comprendre ce que les gens en général
veulent et espèrent d’une relation.
Pour moi, la vérité, les faits et la justice priment, ce
qui m’a coûté de
nombreuses amitiés. Je ne défendrai jamais un ami au nom de l’amitié si
celui-ci est dans l’erreur. Surtout si c’est au détriment d’une
autre personne. Pas plus que je ne dirai à une
personne le contraire de ma pensée ou de
mon ressenti, parce que c’est ce
qu’elle veut entendre.
Je suis mère de
quatre enfants. Ma plus vieille aura bientôt
vingt-quatre ans. Je sais que ce n’a pas été facile
pour elle de devoir composer avec mon franc-parler. Elle aurait aimé à
certaines occasions que je lui dise le contraire de ma pensée. Je sais qu’elle aurait voulu par moments que je la conforte dans ses
choix pour la rassurer. Combien de fois ai-je dû
accueillir sa colère et ses larmes parce qu’elle m’accusait
de ne pas la comprendre. Combien de fois ai-je dû lui
expliquer que pour moi, lui mentir volontairement n’aurait pas été une preuve de respect et de mon
amour envers elle?
À un certain moment, elle est
allée vers d’autres personnes qui la confortaient dans ses choix. Jusqu’au jour où elle s’est
aperçue que le mensonge n’amenait rien de bon et qu’il brisait les liens de confiance
parfois si durement acquis.
QUELLE PLACE POUR LES MENSONGES
Même à l’âge
adulte, même avec mes nombreuses
lectures je ne comprends toujours pas que le mensonge doive impérativement faire partie de la vie.
Que le fait d’être capable de mentir fasse
partie de ce que l’on considère comme le développement normal de l’enfant
et qu’il révèle la
présence de certaines habiletés cognitives avancées, telle que la « théorie de
l’esprit ».
D’y
penser me décourage, mais surtout me
brise le cœur. Il me semble que cette
capacité de dire les choses de façon juste, comme elles sont, sans détour devrait être la norme. On nous dit que notre incapacité à mentir
serait due à un déficit. Personnellement, je crois plutôt que c’est une
grande qualité et une preuve de grande
intelligence.
À tous, je pose la question
suivante. Préférez-vous qu’on vous
serve un mensonge pieux à l’occasion, mais qui risque de briser
un lien de confiance? Ou préférez-vous la vérité toute
crue, dite sans détour qui peut blesser l’espace d’un moment, mais qui créera une
relation basée sur la confiance?

Vous pouvez également lire cet article sur Planète F Magazine où il a été publié en primeur le 9 novembre 2016.

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